18.05.2005

Une porte gelée

Nous avons mis plus de deux semaines à retrouver notre point d'arrivée sur le Monde Gris.

Pendant plus de huit jours le ciel a été d'un noir d'encre sans interruption, et la terre a tremblé. Le soleil était encore visible le jour comme un cercle gris pâle dans un ciel sans étoiles et tellement noir qu'en levant la tête nous avions l'impression de tomber dans le vide.

Le carnet magique a cessé de fonctionner peu après notre départ de Laforge, nous mettant dans l'impossibilité d'envoyer ou de recevoir des messages.

Au fur et à mesure que nous grimpions le froid est devenu mordant. Heureusement il y a eu très peu de vent et aucune précipitation. Nous avons franchi sans encombres un premier col, et suivi faute d'autre idée la route descendant à notre droite sur le flanc de la montagne, en espérant retrouver la Porte Cachée qui nous conduirait sur L'Entre-Mondes. Nous avons dû rebrousser chemin après plus d'une journée de marche car nous n'arrivions nulle part, la route devenue chemin, le chemin sentier, et le sentier se perdant enfin dans les herbes rares d'un plateau désolé.

Puis il a commencé a geler. Les chemins de pierre sont devenus glissants, et notre haleine humide a formé des glaçons sur notre barbe.

Nous nous sommes donc estimés fort heureux de retrouver tout à fait par hasard l'auberge de notre premier jour sur le Monde Gris. L'auberge était fermée, abandonnée à la hâte. Nous avons forcé la porte pour trouver un peu de nourriture, mais avons du nous contenter de vieux pain dur comme de la pierre. Il y avait encore beaucoup de bière, les tonneaux étant restés sur place. Un grand désordre régnait dans toutes les pièces, témoignant d'un départ précipité.

C'est alors que nous nous reposions près de la cheminée et d'un feu de bois que les premières flammes bleues ont commencé à lécher le ciel.

Nous sommes sortis, alertés par de nouveaux tremblements de terre, plus puissants que les précédents, et qui soulevaient la poussière sur les armoires de l'auberge.

L'horizon tout entier était parcouru de longues langues d'un feu bleu électrique, comme les arcs provoqués dans ces lampes à grosses boules que l'on vend sur terre dans les magasins de gadgets.

Et soudain, tout a cessé.

La terre s'est calmée. Le ciel a lentement repris ses couleurs normales, gris clair avec un soleil jaune pâle pointant à peine au travers des nuages bas.

Nous avons dans la clarté retrouvée repris en toute hâte le chemin de la Porte Cachée. Nous avons retrouvé la fine ligne ocre se détachant sur le fond gris du flanc de la montagne, et avons franchi la porte sans précautions aucunes.

Et nous ne nous sommes pas retrouvés dans la salle de l'Observatoire, devant la console, mais bien au milieu d'un parc, entre deux haies taillées au cordeau.

 


09:11 Écrit par Le Vieux | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

he bien lectrice assidue, j'atend la suite avec impatience..

Écrit par : cid | 01.06.2005

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