13.03.2006

La chute de la tour

Mais si les vibrations sourdes et étranges ne nous parviennent plus, un malaise physique nous a tous deux envahi.

 

Le sol de pierre semble se dérober sous nos pas, nos estomacs remontent vers notre gorge : nous tombons. Ou plutôt, le monde tombe, la tour tombe. J’ouvre la bouche, je veux crier, mais aucun son ne passe mes lèvres.

La nuit la plus profonde se fait, je tombe sans fin, je ne touche plus ni murs ni sol, je ne sens plus rien, ni mon corps ni l’air que j’imagine souffler en vent de tempête autour de moi.

 

Et cela dure. Des heures ? Des jours ? La conscience m’a quitté et je rêve, yeux et bouche grands ouverts. Je suis à la fois dans mon corps, et en dehors. Je me vois tomber dans le néant, je ne vois que mon corps descendant en silence vers un sol qui s’est définitivement dérobé, dissous dans la brume noire de mes souvenirs.

 

Armand ne fait plus partie de ce monde que j’observe par les yeux de l’esprit.

 

Et puis je suis à nouveau debout. Sans aucun choc.

Il fait toujours noir, mais c’est l’obscurité que je connais, celle des caves et des grottes, dans laquelle j’arrive encore à deviner la forme de mes mains.

« Armand ? »

Pas de réponse.

 

J’entends le bruit du vent quelque part au-dessus de moi, et je sens un courant d’air frais.

Je m’accroupis et tâte le sol. C’est bien la pierre de la Tour, rugueuse près des murs et lisse, usée au centre des paliers et des marches. J’avance à quatre pattes, cherchant le mur le plus proche. Il se trouve à quelques mètres de moi, glacé mais sec. Je suis le mur tout en tâtant prudemment le sol de la pointe du pied, et découvre rapidement une porte en bois. Est-ce la porte que nous venons de refermer ? Au toucher, elle est identique.

 

J’abaisse la poignée qui gémit sous la rouille et la tire vers moi.

 

Il fait nuit, et je ne suis plus dans l’Entre-Mondes, en tout cas pas celui que j’ai connu. La Tour est maintenant dressée au sommet d’une colline nue de tout bâtiment, et est cernée de toute part par une végétation dense et humide. Il fait nuit, il fait froid, et j’hésite à m’aventurer encore plus dans l’inconnu. En me penchant par l’ouverture de la porte, j’aperçois entre le mur de la Tour et les ronces qui l’enserrent un petit morceau de ciel qui tournoie à une vitesse inhabituelle. Le ciel n’est pas la seule chose que je voie. Je vois aussi le sommet de la tour, ou plutôt je vois où la tour cesse d’exister. Elle ne se perd plus dans l’infini du ciel et des nuages, mais ne fait plus que quelques étages de haut.

 

La Tour semble avoir été cassée comme un vulgaire crayon. Finalement, pourquoi se poser encore beaucoup de questions ? Je secoue mentalement les tonnes d’interrogation qui se disputent l’accès à mes méninges et me rend tout simplement au sommet de la tour, puisque maintenant elle en a un.

 

A la lueur des étoiles (pas de lune dans le ciel), je distingue mal les environs. Le sol devant la porte de la tour est relativement plane, pour prendre une plus forte déclivité après quelques dizaines de mètres. Ensuite c’est le trou noir.

 

Alors, j’attends le jour. Sans Armand. Sans Tour, sans certitude, sans savoir même où je suis.

14:30 Écrit par Le Vieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

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