14.03.2006

Entre-Mondes?

Le jour me surprend endormi malgré le froid.

 

Contrairement à l’Entre-Mondes que j’ai connu, l’endroit ici est bien vivant. Il y a le chant des oiseaux, le vol des insectes, le bruit du vent dans les branches. Pas de brume, pas de grisaille. Le ciel est bleu et l’air limpide.

 

Le paysage que je contemple correspond bien à la ville que j’ai connue, mais comme déformée par anamorphose. Ou plutôt non déformée ? Au pied de la colline une plaine bute contre une rivière. Celle-ci n’est pas du tout circulaire, elle est bien rectiligne, mais je distingue une bande grise à peine marquée par la végétation sur ses bords. Les quais ?

Je cherche en vain une trace des ponts, et, sous la végétation abondante et sombre entre la rivière et la colline, une trace quelconque de la muraille qui aurait séparé le Pinacle du Passage. Mais tout est vert sur vert et je ne vois rien de particulier d’ici.

 

Il n’y a pas d’autre solution que de redescendre.

 

Au niveau de la porte, l’escalier s’arrête. Pas de niveau inférieur. Il n’y a donc qu’une seule issue : la porte en bois et la végétation touffue et urticante au-delà de son seuil. Sans outils (une machette, mon royaume pour une machette…), l’estomac vide et grognon, je me faufile tant bien que mal entre les ronces.

 

Si j’interprète bien ce que je vois, je suis bien sur l’Entre-Mondes, mais un Entre-Mondes en ruines, abandonné, vieux. Cela m’inquiète profondément, car je n’ai aucun moyen de savoir combien de temps a pu passer ni comment interpréter les différents phénomènes observés depuis « mes » derniers trois jours. Cette chute, la disparition de Armand, le vieillissement de l’Entre-Mondes, la Tour brisée ?

La logique me dicte (peut-on encore invoquer la logique dans  ce monde absurde ?) que la Tour n’a pas pu simplement se briser. Le pied de la Tour aurait été enseveli sous les moellons en provenance des étages supérieurs. Pour autant qu’on puisse parler d’étages supérieurs pour une construction qui s’élance vers l’infini. Le sol ici est relative plat, résonne sourdement sous mes pas. C’est une épaisse couche d’humus recouverte d’un mélange d’herbe courte et de plaques de mousse, de sphaignes. Mes pas y laissent une trace grasse, écrasant les touffes vertes dans la terre humide.

 

Je ne vois et contourne que de arbustes bas, dont les racines courent  souvent au dessus du sol. Je me dirige au jugé vers la place ronde, l’entrée de l’Observatoire. Ce ne sont  que quelques dizaines de mètres, mais les ronces épaisses me contraignent à plusieurs détours. Je finis par perdre la Tour de vue et mon orientation par la même occasion. Je me dirige alors par rapport au soleil, et  débouche sur une clairière ceinturée de bosses, de monticules irréguliers. La forme est caractéristique, c’est bien l’empreinte de l’Observatoire. Je suis debout à l’emplacement de l’escalier monumental, mais il n’en reste rien. Tout est parti. Rasé, évacué. Plus de console. Donc plus de Porte.

 

Je ressens une sensation  désagréable, une torsion interne au niveau du plexus. De l’angoisse. Suis-je pris au piège dans un monde abandonné et décati ?

12:23 Écrit par Le Vieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Écrire un commentaire