11.04.2006

Vers les quais

Il faut absolument que je comprenne, il faut absolument que je trouve une solution, une Porte, autre chose, n’importe quoi.

Et si ce monde était déserté ? Et s’il était promis à la destruction ? Et les Salamandres ? Comment me protéger des Salamandres ?

J’ai beau me répéter « Pas de panique ! », j’ai le cœur qui bat de plus en plus vite.

 

Plus de bâtiment ici, alors il ne me reste plus qu’à suivre la pente vers la rivière. Plus bas, quelque chose ou quelqu’un aura survécu, les souterrains par exemple ? Et les Portes extérieures, comme le chemin de la Terre, ne dépendaient pas d’un mécanisme comme la console de l’Observatoire, elles ont peut-être survécu. Certainement, elles doivent avoir survécu !

Même si au fond de moi je redoute le départ de toute magie, je me raccroche à cette idée et me hâte tant bien que mal dans la direction de la rivière. Dans la descente vers l’enceinte du Pinacle, les pavés ont moins retenu l’humus que sur la place au pied de la tour. Les plantes et les arbustes en ont bien déraciné quelques uns, mais il est plus facile d’avancer, je ne dois qu’effectuer quelques crochets autour de gros massifs d’épineux à l’air hostile.

Au pied de la colline, je distingue enfin les murs d’enceinte. Ils sont aux deux tiers ensevelis, ébréchés et eux aussi envahis de lierre, d’herbes et d’arbustes. Je n’ai donc aucune peine à franchir l’enceinte en m’accrochant à la végétation, me laissant retomber sur un sol humide et moussu qui résonne sourdement sous mes pas.

 

Me voilà donc dans le Passage.

 

Il ne reste que quelques pans de murs ébranlés des maisons et commerces que j’ai connus ici. Il n’y a aucune trace de présence humaine. Pas d’animaux non plus, à l’exception des insectes et des oiseaux. Pas d’animaux vivants en tout cas. Mais au détour d’une ruine, là où se trouvait un des marchés, un surprenant groupe de Salamandres semble m’attendre, immobile. Après un premier mouvement de recul et un frisson dans le dos, je constate qu’elles sont figées, mortes. Je m’attends d’abord à une sorte de pétrification, mais à l’examen je vois bien qu’elles sont plutôt comme momifiées, desséchées sur pied. Cela ne me rassure guère. Ces créatures étaient de leur vivant assez étranges, peut-être même magiques. Je me souviens de la chaleur intense qu’elles dégageaient, trop intense pour un être de chair. Encore un signe de la disparition de toute magie, malheureusement.

 

Le quai le long de la rivière est dégagé de toute végétation. Voilà une première bonne nouvelle : il semble même entretenu ! Reste naturellement à savoir avec quelle fréquence des visiteurs passent par ici et de quels visiteurs il s’agit. Les Basilics seraient-ils plus compréhensifs avec moi maintenant que l’Entre-Mondes n’est plus ? Ou rencontrerais-je des Commerçants compatissants ? Mon estomac penche vers la seconde solution et me le fait comprendre bruyamment. Je n’ai malheureusement plus rien à lui proposer. L’eau de la rivière est limpide. Elle fera l’affaire pour le moment, en tout cas j’espère ne pas risquer la dysenterie en plus de mes déboires actuels.

11:57 Écrit par Le Vieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |